El Mahroussa, la première mort de l’évadé
L’intrigue est à Gênes, Italie, vers 1603. Des enfants des rues de la puissante cité aux mille palais recueillent un naufragé à demi-mort dans les eaux du port et le portent chez Mama Rossa, putain de haut vol et grande magicienne, qui le soigne. L’homme, François de Rosnay, qui se révèle être Français, s’est échappé des griffes du redoutable Mourad Raïs, pirate algérois des plus cruels. Traqué par les sbires de Mourad, François va tout mettre en œuvre pour dénoncer l’infâme complot dont il fut la victime et lui valut dix années d’esclavage à El Mahroussa, c’est-à-dire Alger. Grimé et accompagné des enfants comme de la comtesse Doria, dont il venait d’épouser la cadette au moment où il fut capturé par les pirates, il gagne la France et plus précisément Rosnay, dont le titre de comte a été usurpé et lui revient de droit.
Note d’un des auteurs
C’est une pièce qui vient en premier lieu et en ligne droite de l’enfance : Cartouche, évidemment, et Fanfan la tulipe, deux œuvres hautement populaires et rigoureusement anarchistes (Cartouche, à tout le moins), en sont les premières inspiratrices. Après cinq années à écrire sur la guerre de 14-18 (lors de la résidence « Avec les communes » au Parc naturel régional de la montagne de Reims), il fallait changer d’air et de sujet, comme un nécessaire retour aux épées de bois après les vraies mitrailleuses et tous ces morts pour de bon et puis, en définitive, pour presque rien. Les alentours de Rosnay, vallonnés et boisés, ménageant par leurs routes étroites des surprises ravissantes, comme fermes fortifiées et châteaux écartés, ajoutaient à l’envie de s’égarer dans le temps littéraire des cavaliers et des marcheurs, de croiser Jacques ou bien son maître, Athos ou Aramis, ou encore et surtout Le Destin et l’Étoile.
Je me suis imaginé bâtir l’histoire en matriochkas, une pièce dans une pièce dans une pièce, le procédé permettant d’une part d’autonomiser les répétitions de plusieurs ateliers de théâtre ouverts dans les huit communes participant à l’opération, et d’autre part d’utiliser des niveaux de langage différents suivant que telle pièce serait dédiée à tel atelier ou à tel autre. Pour être honnête, il y a aussi une forme de plaisir ludique à multiplier les intrigues et à mélanger les temps au point de s’emmêler les pinceaux ; d’ajouter, si l’on veut, une nuit aux mille et unes autres et de la faire durer le plus possible, aussi longtemps que dure la félicité de visiter des lieux que ne borne rien que la fantaisie : pour une fois qu’on peut sans risque jouer un vilain bon tour aux gendarmes, effacer les méchants d’un coup de mousquet, ressusciter les gentils et faire triompher l’amour, ne nous dépêchons pas de revenir aux réalités.
Enfin, une fois de plus, ce sont des enfants qui, pour beaucoup, tiennent la pièce. Nécessité fait loi, puisqu’ils sont nombreux à participer aux ateliers, mais pas seulement. En réalité, de plus en plus, je tiens que les personnages d’enfants sont les meilleurs guides pour les spectateurs novices ou peu coutumiers des théâtres, dont souvent ceux du Diable à 4 pattes. Un enfant sur les planches persuade mieux qu’un adulte de voir la mer dans le tissu, la lame dans le bâton, le dragon dans l’ombre, etc.
Textes : Sébastien Weber, Bernard Weber et Lune Di Tullio. Mise en scène : Élodie Cotin assistée de Raphaël Dubois, Franck Rabilier et Sébastien Weber. Dir. technique : Mickaël Lamotte. Avec : les membres des Fourberies des Patelins.